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12 juin 2018 2 12 /06 /juin /2018 17:31

1965... La France chante Poupée de cire, poupée de son. La société automobile paraît irrésistible, triomphante, invincible. La vitesse symbolise la dynamique de la réussite.

 

A Saint-Malo, Philippe et Laurent, deux cousins, passent un été agréable. Ils vont sur leurs treize ans, A la rentrée, ils entreront en quatrième au Lycée Jean Charcot. Mais ça, ce sera dans quelques semaines. En attendant, à eux la plage, les baignades, la liberté, l’insouciance, les rêves.

La Triumph Spitfire de Christina

Une heureuse circonstance leur vaut le plaisir de balades quasi-quotidiennes en roadster Triumph. Car Christina, la sœur aînée de Laurent, possède une Spitfire et passe les vacances dans la Cité corsaire. Toute la famille habite une malouinière boulevard du Rosais. Bien qu’étudiante à Paris, la jeune femme n’oublie pas ses racines et revient souvent sur les lieux de son enfance. L’occasion pour Philippe et Laurent de rouler dans son cabriolet.

 

La terreur de Brice

 

« Je n’oublierai jamais l’expression d’effroi qu’exprima le visage de Brice à cet instant précis », se souvient Philippe.

 

Brice était un camarade de classe des deux cousins. Un petit rigolo, extraverti, ironique, toujours à la recherche d’une provocation, d’une blague dérangeante. Un type qui vivait dangereusement car bien que débordant d’énergie, son petit gabarit  l’exposait à la loi du plus fort lorsque ses railleries vexaient un condisciple plus costaud.

La Triumph Spitfire de Christina

- Nous roulions devant  l’intra-muros, dans le sens Porte de Dinan – Grand Porte, reprend Philippe. Nous avions décapoté le roadster et nous n’étions pas peu fiers que tout le monde puisse nous voir dans une belle voiture avec une belle femme. C’était l’époque du Tour de France. Des tas de gamins et d’adolescents, dont parfois nous d’ailleurs, se prenaient pour Jacques Anquetil (exceptionnellement absent de la Grande boucle), Raymond Poulidor, Felice Gimondi ou Rik Van Looy. Brice n’échappait pas au phénomène. Persuadé qu’il serait meilleur que tout le monde s’il était un peu plus grand et plus lourd, il s’était mis dans la tête d’établir des chronos contre la montre entre plusieurs sites de la ville et de nous défier de faire mieux. Son programme du jour qu’il nous révélerait plus tard, un parcours entre le haut de la rue Ville Pépin jusqu’à l’entrée dans la vieille ville par la Grand Porte. Il se chronométrait lui-même, sans contrôle extérieur. Il pouvait raconter ce qu’il voulait. Brice, roi des bobards, faisait partie des personnes dont une seule chose vaut moins que la parole, la signature.

La Triumph Spitfire de Christina

Le hasard vient parfois en aide aux policiers lors de leurs enquêtes. Il crée également des situations étonnantes. Ce fut le cas ce matin-là.

La Triumph Spitfire de Christina

- Nous nous rendions à La Guimorais où nos parents avaient installé leurs caravanes. Christina accéléra dans une ligne droite sur le quai Saint-Louis le long du bassin Vauban. Elle s’apprêta à doubler un cycliste en tenue de coureur qui pédalait de toutes ses forces. J’ai reconnu Brice sans réaliser ce qu’il préparait. Soudain, au niveau de la Porte Saint-Louis, notre camarade a tourné à gauche sans prévenir ni regarder derrière lui. Il était devant le capot de la Triumph. Christina a écrasé la pédale de freins. Les pneus ont gémi. Alerté par le bruit, Brice a enfin compris le danger. Jamais je ne l’avais vu aussi effrayé. Même le jour où Albert, un copain qu’il charriait volontiers, l’avait attrapé par le col et l’avait menacé de son poing dans la figure s’il l’entendait encore avant le lendemain, ni les fois où Gogo, un grand escogriffe qui le dépassait de trente centimètres, le suspendait la tête en bas en le tenant par les pieds. Brice, qui s’était presque arrêté afin de prendre son virage à gauche en regardant sa montre, découvrait la Triumph fondant sur lui, prête à le percuter. Christina eut le bon réflexe. Elle lâcha les freins et donna un coup de volant à droite. La Spitfire frôla la roue arrière du vélo de l’imprudent qui reprit sa route sans demander son reste. Le pire avait été évité. A cause de son inconscience, Brice avait failli entrer en collision avec le roadster. Il aurait probablement été projeté derrière la voiture et, sans casque ni protections, se serait fait très mal.

La Triumph Spitfire de Christina

« Quelques jours plus tard, remis de sa frayeur, il raconterait que nous l’avions empêché d’établir un record absolu de vitesse entre Saint-Servan et la Grand Porte. Tricheur né, il oubliait qu’il avait tourné avant le lieu de fin de parcours qu’il évoquait et que son temps n’aurait pas correspondu au tracé de référence... Probablement jaloux de nos balades en Triumph, il ajouterait qu’il admettait avoir eu de la chance.  Si nous avions roulé dans une vraie voiture rapide, style Jaguar Type E ou Ferrari, nous l’aurions buté. Bon, il se serait vengé en retombant sur nous dans la voiture poings en avant. Il aurait épargné Christina. Par contre, Laurent et moi l’aurions senti passer. Mais avec une simple Triumph, nous ne roulions pas bien vite et ses jambes de champion lui avaient permis de s’échapper avant que la Spitfire le touche. Une version réécrite de l’incident qui m’offrit l’occasion de le traiter de mythomane devant les copains présents dont Albert, Gogo, Christian et Marc-Antoine. Ils le connaissaient et je mis les rieurs de mon côté. Albert avait rappelé à Brice qu’il était toujours prêt à tester ses talents de boxeur. C’était où il voulait, quand il voulait. Le miraculé n’avait pour une fois rien trouvé à répondre, redoutant que le saint patron des boxeurs se montre moins clément que Saint Christophe. 

 

La Spitfire, une séductrice

 

Philippe et Laurent faisaient profiter leurs copains de promenades en Triumph. A part Brice, qui payait son mauvais esprit...

 

- Déjà à trois, il fallait nous tasser pour monter dans le cabriolet, rapporte Philippe. Le quatrième devait se plier derrière. Je ne sais pas comment le grand Gogo y arrivait. Marc-Antoine et Christian, costauds pour leur âge, devaient souffrir aussi. Nous étions des teen-agers, encore souples et prêts à tout dès qu’il s’agissait de jouer les jeunes adultes dans l’air du temps auprès d’une belle femme.

La Triumph Spitfire de Christina

« Brice avait raison sur un point. Vaillante et sympathique, la Spitfire n’était pas une bête de course quoique son constructeur l’ait engagée dans de grandes épreuves dont Le Mans et le Rallye Monte-Carlo. Marc-Antoine, dont le père possédait une Fiat 2300, ne jurait que par les voitures italiennes. Il reconnaissait que le cabriolet de ma cousine attirait l’œil et que rouler les cheveux au vent était excitant, mais s’affirmait convaincu que la berline de son père larguerait la Triumph sur un parcours Saint-Malo – Rennes.

La Triumph Spitfire de Christina

- La prochaine fois, tu devrais choisir un cabriolet Fiat 1300 ou 1500, suggéra Marc-Antoine  à Christina.

 

- Sûrement pas, répliqua cette dernière. Comme Françoise Sagan, j’adore les voitures anglaises et le sentiment de liberté absolue qu’elles procurent. Le capot avant en un bloc de la Spitfire rappelle celui des Jaguar Type E.

 

- Si un jour tu as une Jaguar et moi une Ferrari, nous ferons la course et je gagnerai facilement, plaisanta Marc-Antoine.

La Triumph Spitfire de Christina

- Rêve toujours, objecta Philippe qui réalisait que son pote ne tarderait pas à draguer sa jolie cousine. Ce jour-là, ce sera moi qui piloterai la Jaguar et je te laisserai sur place. A moins que je choisisse une Cobra, une Porsche 904 ou une Ford GT40 et que je te mette la honte de ta vie après t’avoir laissé pendant deux ou trois virages l’illusion que tu pouvais rivaliser.

 

- Quand est-ce que tu m’as battu la dernière fois à vélo ? s’enquit Marc-Antoine, L’autre jour sur la route de Rothéneuf, je ne me rappelle pas que tu sois passé devant moi une seule fois quand j’ai accéléré.

 

- Je ne sais plus, admit Philippe. Mais en course auto, ce sera différent.

La Triumph Spitfire de Christina

C’était vrai. Philippe s'était accroché à la roue de Marc-Antoine lors du parcours évoqué. Sans jamais réussir à le doubler, même en profitant de l’aspiration... Marc-Antoine l’avait finalement lâché au train dans le dernier kilomètre. Puis il avait attendu ses copains à l’entrée de la plage. Philippe avait été le seul de la bande à entrer dans le jeu de la course. Laurent, Christian, Albert et Gogo avaient renoncé dès le haussement de rythme et roulé sans forcer. Brice avait prétexté que Marc-Antoine et Philippe avaient attaqué en traitres quand il était derrière. Il les aurait remontés et doublés si les autres ne s’étaient pas ligués contre lui pour le ralentir et l’empêcher de passer.

 

Marc-Antoine aurait pu compléter la liste des sports où il battait Philippe. Natation, lutte, simulation de boxe, saut en longueur, gymnastique, course à pied, il était meilleur que les deux cousins dans toutes les disciplines sportives. A part l’escrime et le ping-pong. Philippe prenait sa revanche grâce à sa concentration, à sa technique et à ses réflexes. De bon augure avant d’éventuels affrontements sur circuit.

La Triumph Spitfire de Christina

La Triumph Spitfire n’était pas la voiture la plus rapide sur le marché. Sans doute la Ford 20 MTS du père de Philippe, la DS 21 de son oncle et la Fiat 2300 du père de Marc-Antoine l’auraient-elles battue sur un parcours routier au tracé rapide. Mais elle apportait rêves et bonheur aux jeunes qu’elle séduisait ! En outre, elle se déclinait à leur image.

 

QUELQUES LIENS

 

Triumph Spitfire, ce roadster qui fit planer la jeunesse sur le tourbillon des sixties https://bit.ly/2HfL1f8

 

La DS Citroën dans l’univers des mêmes personnages  http://bit.ly/1nR7R3i

 

Brice le tricheur, un peu plus tard, dans le monde du sport automobile http://0z.fr/110Cx

 

Flash-back purement subjectif et affectif sur la saga du Tour de France http://bit.ly/2sd9zyG

 

Une Triumph au cœur d’un roman http://bit.ly/2dN78Mk

 

Christina, la jeune femme qui roule en Triumph Spitfire dans un polar vintage http://amzn.to/1nCwZYd

 

Thierry Le Bras

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  • Mon nom : Thierry Le Bras. Profession :  chroniqueur, écrivain, consultant. Ma passion, décrypter les mécanismes psychologiques qui animent les personnes les plus attachantes comme les plus dangereuses. Surtout dans des univers cyniques...
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